LAURENCE VERRIER

artiste et accompagnatrice

co-fondatrice de l'association féminaissance

co-fondatrice de "l'arbre sous la lune"

membre du collectif6

Depuis toute petite, la créativité occupe une place centrale dans ma vie. Elle est ma respiration, mon mode d'être privilégié. Dés que j'ai su tenir un crayon, je me suis mise à dessiner ce que mon imaginaire me chuchotait, puis j'ai peint ce que le monde présentait à mes yeux d'enfant et d'adolescente. Le rangement de ma chambre donnait lieu à des mises en scène improvisées avec mes poupées de collection, qui vivaient des aventures fabuleuses. Mes explorations en nature m'amenait à inventer des parfums issus de macérations.

Les mots étaient présents et précieux: je les collectionnais comme des joyaux, j'aimais ceux qui chantaient dans ma bouche et dont le sens me semblait en accord avec le son.

A l'origine...

Je suis émerveillée par la richesse des mondes intérieurs de chacun, par les particularités, l'unicité de chaque être. Je ne cesse de m'étonner de cette faculté de résilience, ce pouvoir qu'a chaque être de transcender ses expériences, son histoire, à travers l'expression et la mise en forme de cette même histoire.

C'est précisément le coeur de ma recherche, ce qui m'anime; En ce sens, je me sens tout à la fois photographe, scénographe, performeuse, thérapeute.

Je mets en scène et j'accompagne particulièrement les femmes et les jeunes filles; il y a quelque chose dans ma démarche d'une recherche de libération, un questionnement sur ce qui conditionne, entrave, ou au contraire libère les femmes. Une volonté d'explorer, avec mes complices de création, les chemins vers cette libération, ce réveil de la "femme sauvage", instinctive, à l'écoute de ses besoins, et qui cherche sa propre forme d'expression. Qui se heurte aux obstacles intérieurs ou extérieurs. Qui bute, tombe, se relève.

J'installais ma grand-mère sur un fauteuil, et j'improvisais sur l'air du lac des cygnes, vêtue d'un tutu en papier crépon fabriqué par mes soins.

Avec le recul, je me rends compte que déjà alors, ma créativité s'exprimait sous de multiples formes.

Je rêvais, beaucoup, mais aussi j'observais le monde. J'observais les êtres qui m'entouraient, j'étais particulièrement sensible aux dissonances que je sentais parfois entre leur univers intérieur et ce qu'ils exprimaient.

LA DéCOUVERTE D'UN MONDE

Ma venue à la photographie me semble fortement liée à mon histoire avec cette même grand-mère. Quand j'étais petite et que j'allais chez elle, je me précipitais dans sa chambre pour prendre la boite en métal contenant les photos souvenirs. Nous nous asseyions alors dans le salon, et elle me commentait chaque photo, me comptant des histoires que mon esprit de petite fille vivaient comme légendaires. A chaque venue, elle se prêtait au jeu de me raconter, encore et encore. Elle me transmettait la mémoire familiale, me reliait à l'histoire humaine.

Ce n'est que bien plus tard que j'ai compris l'importance de ce qui m'était transmis alors, et le lien qui s'est tissé en moi entre images et imaginaire, photographie et magie.

hommage

C'est tout naturellement que je décidais d'intégrer les Beaux-Arts après le bac.

J'y découvris le monde: des étudiants venant d'horizons variés, entre 17 et 50 ans, un foisonnement d'idées, de cultures, de créativités uniques.

J'y découvris aussi mon sujet, l'humain, et ce qui devint mon outil de prédilection: la photographie.

Avec mon "appareil sorcier", comme je l'appelle souvent, j'avais accès à des univers de toutes sortes, je captais chez les êtres ce qu'eux-même, bien souvent, ne voyaient pas. J'observais les liens entre  grands-mères et petites filles, entre mari et femme, entre une personne et son corps ou son environnement.

Je découvris qu'en ma présence, mes "modèles" se racontaient, en mots et en corps.

Et que cela pouvait soulager, soigner, faire à nouveau circuler l'énergie de la créativité.

M'APPARUT ALORS DANS TOUTE SA FORCE L'UNE DES FONCTIONS DE L'ART: AIDER L'ÊTRE À METTRE EN FORME, À RENDRE VISIBLE CE QUI L'ANIME. EN S'ENGAGEANT DANS CE PROCESSUS, CET ÊTRE RENOUE AVEC SON POUVOIR, SA CAPACITÉ DE CRÉER SA VIE, DE JOUER, D'INVENTER, DE TRANSMUTER LES ÉVÈNEMENTS ET LES ÉMOTIONS

J'étais mon premier sujet d'expérimentation, à travers les auto-portraits que j'ai pu faire de moi, et à travers les univers intérieurs que je découvrais.

En parallèle de ma formation artistique, je me formais à différents outils thérapeutiques et de bien-être: massage, travail de la voix, relaxation, visualisation.

le cercle des femmes

la traversée

Un projet en particulier fut décisif: "le cercle des femmes".

Ce projet m'amena à rencontrer 100 femmes entre 16 et 99 ans, qui me confièrent des pans de leur histoire, de leurs questionnements. Chacune à leur façon, modelée par son histoire, ses doutes, ses joies, ses expériences, donna à voir sa façon unique de se vivre en tant que femme.

C'est durant les 5 années de réalisation de ce projet que j'affinais le processus que je proposais à travers la photographie, et que je mesurais l'impact symbolique de ce processus.

A travers ce cheminement que je fis d'une femme à l'autre, c'est aussi ma propre identité en tant que femme que j'interrogeais.

Ce projet fut également particulier dans mon cheminement car il vit la mise au monde et les premières années de mon premier fils.

Après "le cercle des femmes", il y eut la rencontre avec Mr Boys, à l'époque adjoint à la culture de Béthune. Il me proposa d'effectuer une résidence auprès des femmes de l'association "Carole info service cancer", et de réaliser une exposition.

6 femmes s'engagèrent, 6 femmes ayant comme point commun la traversée du cancer. Ce projet m'amena à reconnaitre et mettre en oeuvre mes qualités d'accompagnante...avec également l'objectif de recueillir le matériau nécessaire à la réalisation de l'exposition!

Ce fut une expérience dont je sortis touchée et plus forte, et qui donna naissance à une exposition multiforme, mêlant les dimensions artistiques et d'accompagnement.

Une résidence que j'effectuais juste après la naissance de mon deuxième fils!

artiste ou accompagnatrice?

Une question qui fut récurrente pendant longtemps...

Même si profondément, je sais depuis toujours que je ne suis pas "calibrée" pour être spécialisée...

J'ai toujours aimé la diversité, j'adore découvrir, et quand

je fais des liens entre des domaines ou des pensées qui à priori semblent éloignés, je jubile.

En tant qu'artiste, je ne me sens pas que photographe,

mais aussi scénographe, metteuse en scène, plasticienne, performeuse.

En tant qu'accompagnatrice, je me suis formée à de nombreux outils et je sais que ma juste place n'est pas dans une seule et unique voie, mais à la croisée des chemins.

Au fur et à mesure, le lien entre l'art et l'accompagnement m'apparait de plus en plus; Mes expositions deviennent plus interactives, plus implicantes pour les visiteurs, et les sujets abordés sont les mêmes que ceux qui peuvent l'être dans un stage ou lors d'un accompagnement individuel.

Je réalise chaque jour à quel point ces deux aspects de moi

se nourrissent et s'enrichissent mutuellement.

Tout est une question de forme et d'appellation: Dans le processus photographique que je mets en oeuvre, j'invite mes complices/ modèles dans un espace physique donné, chacune vient avec son histoire, une rencontre a lieu, une expérience unique se vit. Je veille à mettre en place les conditions optimales pour que ce miracle de la rencontre avec soi ait lieu.

Ce qu'il s'agisse d'art ou d'accompagnement.

 

Quand, avec l'association Féminaissance, nous organisons un évènement rassemblant des femmes, ce sont ces mêmes conditions qui assurent la réussite de l'expérience que chacune vivra et que nous vivrons ensemble.

 

Alors, artiste ou accompagnatrice?

Je ne me pose plus la question!